Les dérives du Web 2.0
13.02.08 - 11:57
Le nouveau Web donne la possibilité à tous ceux qui le souhaitent de donner libre cours à leur imagination, d’exprimer une opinion sur un produit, un site, une théorie, de prendre position par rapport à des initiatives, de défendre une idée et des valeurs, de prendre la défense de quelqu’un… Mais liberté d’expression, d’action… ne veut pas dire que tout est permis et en particulier d’évaluer des personnes. Noter la qualité, le style, le ton… d’un article, d’un post… est une chose, noter de manière totalement subjective les compétences, l’état d’esprit, le tempérament, la manière d’exercer un métier… en est une autre.
Je ne citerai aucun nom et ne donnerait aucun lien hypertexte pour ne pas faire de pub à un site que je trouve immoral ! Certains comprendront peut-être plus vite, d’autres non, mais une petite recherche sur “note” et “professeurs” vous permettra de vite retrouver l’information que j’évoque sans la citer.
Un site, créé fin janvier, permet aux élèves de noter leurs professeurs quel que soit l’établissement, la région, la ville où ils exercent. Je comprends tout à fait la création d’un autre site qui a pour but de dénoncer cette initiative. Il y a des façons plus constructives d’avancer, de faire changer les choses… sans pour autant donner tribune ouverte à tous ceux et celles qui souhaitent se défouler. Le site que j’évoque est à la limite de l’éthique. Et pour preuves les nombreuses réactions que l’on a pu lire ici et là.
Une dérive du Web 2.0 ? Oui, je le pense. Ce n’est pas la première. Dans le même genre :
- Hatebook : le réseau social identique à Facebook au niveau de la charte graphique, mais destiné à tous ceux et celles qui souhaitent dire du mal plutôt que du bien de leurs homologues internautes. Le côté obscur de Facebook finalement !
- rottenNeighbor : le site qui permet de juger ses voisins, d’en dire du mal (on peut aussi en dire du bien mais est-ce que c’est la pratique la plus courante, ça reste à voir).
- MyDeathSpace : le site qui recense tous les utilisateurs de MySpace, décédés de morts violentes.
- le site qui vous permet de savoir combien vous valez.
…
Plus récemment, on s’est interrogé sur les dérives des blogueurs :
“Les blogueurs influents sont de plus en plus sollicités par les marques qui leur envoient leurs produits pour qu’ils en parlent. Une pratique qui fait débat dans la blogosphère. Pour les professionnels du marketing, les blogueurs doivent être transparents.”
Si bien que l’agence conseil en marketing Heaven, a commencé à travailler avec certains d’entre eux à la création d’une charte de bonne conduite pour « blogueurs influents ».
Et vous, avez-vous d’autres exemples de dérives du Web 2.0 ?



Le web 2.0 ne dérive pas…ce ne sont que des outils sous les doigts de personnes dont le sens de l’éthique est plus ou moins pertinent !
En tant que tel, le web 2.à n’a, selon moi, rien à voir avec les dérives que tu évoques ! Au contraire, il permet de régulations du type de ton billet ! Merci Emilie !
Si le WEB 2.0 n’existait pas, l’humain aurai trouvé un autre support pour mettre en œuvre ce genre de dérive, faisons confiance à nos pairs pour cela
D’ailleurs, nous n’avons malheureusement pas attendu le 2.0 pour dériver ainsi … la calomnie et la diffamation existait aussi sur les sites statiques (mais le web était alors moins utilisé, donc l’impact de ces dérives étai plus réduit).
Revenons sur ce sujet spécifique (noter un employé, professeur ou pas). Cette pratique est courante dans les boîtes d’interim. Ces notations ont fait couler beaucoup d’encre et s’inscrivent aujourd’hui dans un cadre juridique précis. Je pense que le même cadre existe pour des notations qui sont de plus publique !
Ce système de notation existe bel est bien dans le monde professionnel, et cela depuis longtemps. Les services après-vente, les comptes-rendus de formation, les VRP … enfin bref, rien de nouveau dans le principe.
Le contexte que évoqué dans ce post est par contre bien différent : des mineurs s’expriment sur le net et jugent ceux qui doivent représenter “l’autorité”.
Le web 2.0 donne beaucoup de visibilité à une action, qu’elle soit bonne ou non. Le web 2.0, une dérive ? Non, vraiment non. Dans cet exemple, on pourrai même s’amuser à dire que le web 2.0 nous a permis d’identifier une dérive et de réagir rapidement !
“Les dérives du Web 2.0″ peut donner lieu à deux interprétations différentes :
1- le Web 2.0 dérive
2- le Web 2.0 est un support qui permet de mettre en œuvre ce genre de dérive.
Le billet a pour but de souligner le second point.
Merci Olivier d’avoir souligné que “nous” (les hommes et les femmes) n’avons pas attendu le Web 2.0 pour adopter ce genre de pratiques (calomnies…) et que les évaluations existent en dehors de l’Internet.
Bonjour,
je vous livre une réponse que je viens de faire sur le forum consacré à “lutter” contre site d’évaluation des professeurs.
Je précise tout d’abord que je suis enseignant dans un lycée professionnel et que j’ai publié sur internet différents articles dénonçant les procédés de ce site qui me paraissent inacceptables tant sur le plan de l’éthique qu’au regard du droit.
Pourtant je pense que l’évaluation du travail pédagogique est une nécessité. Je suis également formateur pour adultes et j’ai été évalué certainement plus d’un millier de fois dans ma carrière, sans que je m’en porte plus mal aujourd’hui (bien au contraire). Cette évaluation doit être permanente, contradictoire et consentie. Elle doit être également le fait du public formé. Rien à voir donc avec l’évaluation institutionnelle dans l’E.N. qui est une vaste mascarade ; tous les 3 ans (encore beaucoup moins souvent dans le privé) le prof joue à faire “tout comme on lui a dit”.
Ce site est maladroit (c’est un euphémisme) dans sa démarche mais il préfigure ce que pourrait être un merveilleux outil au service du dialogue entre la communauté enseignante et les élèves.
Cela a été dit ailleurs sur ce forum : ce site est l’expression d’une nouvelle génération, celle d’internet et du web 2.0 (j’en parle dans les articles cités plus haut). Les enseignants dans leur généralité (ou du moins à travers ce que je vois de mes collègues en salle des prof) sont bien loin (pour la plupart) de cette nouvelle réalité virtuelle. Le fossé se creuse -et c’est un constat fait par tous les sociologues- entre les générations qui sont nées dans l’internet et celles qui l’ont pris en route.
Plutôt que de travailler à la destruction de ce site, qui sera vite remplacé par un autre, plus malin sur le plan technico-juridique, pourquoi ne pas essayer de co-construire un outil supplémentaire au service de la relation pédagogique.
cordialement
2- le Web 2.0 est un support qui permet de mettre en œuvre ce genre de dérive.
Tout support y est malheureusement propice ! Observez les grafitis fais sur les murs de nos villes … considérez vous ces murs comme des supports permettant ce genre de dérives ou considérez vous que c’est le “dessinateur” qui dérive ?
Un support ne met rien en œuvre, c’est toujours l’humain qui œuvre ! Comme pour tous les outils, c’est bien l’humain qui est responsable de l’utilisation qui en est faite.
Je tiens à souligner ce point, car une des grosses problématiques du Web 2.0 est de s’adresser à un public plus ou moins responsable. Plutôt que de parler des dérives du 2.0, je pense que nous devons insister sur le fait que l’apparition du 2.0 invite ces utilisateurs/trices à encore plus de responsabilité.
Le problème ne vient pas de la technologie mais de l’utilisateur/trice … et la solution doit aussi venir des utilisateurs/trices.
Le Web 2.0 réclame une prise de conscience collective concernant l’utilisation des NTIC, il s’agit d’une phase de transition qui prendra beaucoup de temps.
Je pense cependant que nos visions se rejoignent … mais nous l’exprimons différent
Je pense aussi que nous nous rejoignons. Je me permets donc de préciser
2- Le Web 2.0 offre une multiplicité de moyens aux utilisateurs et utilisatrices de “dériver” et cela nécessite donc une certaine dose de responsabilité de leur part.
A Laurent Samuel : je vous invite vivement à venir co-construire avec les membres du réseau Apprendre 2.0…Emilie et Olivier en font partie d’ailleurs ! Nous vous y accueillerons avec grand plaisir !
C’est ici : http://apprendre2point0.ning.com/
Peut-être faudrait-il d’abord définir ce que vous appelez les “dérives” et puis aussi les “blogueurs influents”…
Une autre façon de voir les choses est de voir que ce que vous appelez “dérives” est simplement le fait que le web est de plus en plus la mêm chose que la vie réelle.
Quand aux blogueurs “influents”.. A part l’influence qu’ils ont en cercle fermé entre eux, je vois mal où est leur réelle “influence”.. Par ailleurs, ceux qui en général sont qualifiés par les medias d’”influents” sont souvent les blogs connus des journalistes et ne sont plus depuis un moment les blogs les plus vus.. Regardez dans les classements de criteo ou de blogbang qui sont basés sur des pages vues, ces fameux influents sont loin, très loin…
Mieux vaut-il un web 2.0 qui dérive ou pas de web du tout ?
Pas de liberté d’expression ?
Etes-vous favorables à une police du web ?
Le web dérive … évidemment … mais c’est une tel outil de liberté pour tous …
Cordialement,
Sylvia
http://www.blog-jerome-kerviel.easy-2-love.com
- “Peut-être faudrait-il d’abord définir ce que vous appelez les dérives…”
C’est vrai que je n’ai pas défini le terme “dérives” peut-être parce que je me suis dit que tout le monde mettait à peu près la même chose derrière ce terme. Il semble qu’il ait été interprété de différentes façons. Ce n’est finalement pas une trop mauvaise chose (même si je n’ai pas fait exprès), vu que le billet a permis de générer quelques échanges.
Pour moi, “dérives” renvoie à ce qui concerne l’éthique, la morale… mais finalement, il renverrait peut-être plutôt à une utilisation autre que celle qui était prévue (désapropriation des usages ?). Du coup, il ne correspond pas vraiment à ce que je souhaitais présenter. Mon côté “humaniste” (en référence à un commentaire laissé par un visiteur de Savoirs en réseau) me rend peut-être naïve et me laisse croire que le Web 2.0 ne peut être utilisé qu’à bon escient (?).
- “Quand aux blogueurs “influents…”
On retrouve le grand débat actuel dans le domaine du marketing évoqué par Fred Cavazza dans son article “Une remise en question du modèle de viralité fondée sur les influenceurs”. Cet article porte sur le rôle réel des influenceurs (par rapport au rôle du hasard et du bouche à oreille) et qui a donné lieu à de nombreux commentaires.
http://www.fredcavazza.net/2008/01/28/une-remise-en-question-du-modele-de-viralite-fondee-sur-les-influenceurs/
A Sylvia…
- “Mieux vaut-il un web 2.0 qui dérive ou pas de web du tout ?”
Je dirais plutôt un Web 2.0 qui dérive… dans la mesure bien sûr où il ne dérive pas de manière inconsidérée… et que les dérives ne supplantent pas les initiatives qui n’en sont pas.
- “Pas de liberté d’expression ?”
Si, si… c’est mieux, bien évidemment…
- “Etes-vous favorables à une police du web ?”
Il me semble qu’il en existe déjà une. Qui en sait plus ?
Il n’y a pas de dérives véritablement, c’est inscrit depuis le début de l’histoire.
Je renvoie à mes cartes sur le guide des égarés sur le côté obscur.
Mais également à mes articles sur le sujet :
Le succès du web 2.0 : histoire, techniques et controverse.
– Autorité et pertinence vs popularité et influence : réseaux sociaux sur Internet et mutations institutionnelles.
@ Emilie Ogez: l’article de Cavazza est basé sur une étude anglo-saxonne, donc sur un monde où il y a énormément de blogs. En France, les blogs, qualifiés d’influenceurs, sont peu et si vous regardez attentivement de quoi ils parlents, il s’agit souvent des mêmes sujets au même moment avec des liens entre eux. Ils ont tenu une place commune GRACE à leurs liens entre eux (place renforcée par des initiatives comme wikio, monté par l’un d’entre eux, et dont le “calcul” renforce ce type de liens).
Leur “influence” n’a en revanche concrètement jamais été estimée dans un sens ou dans l’autre (l’exemple le plus symptomatique est Lemeur dont personne n’est capable de dire si quand il s’est mis à parler de sarkozy, a influencé en positif ou en négatif ses lecteurs..). Depuis 1 an environ, cette “influence” supposée est complètement “explosée” car leur audience reste collée pour les meilleurs à 100000 ou 200000 au maximum pages vues par mois alors que les “suiveurs d’opinion “comme chauffeur de buzz et ses clones dépassent le million de pages vues..
Si l’on parle de d’influence, il faudrait aussi parler (et définir) la pertinance, l’autorité et l’audience (http://tubbydev.typepad.com/entreprise_et_blog/2007/08/influence-nest-.html)